13 mai 2022 (14e sortie) : col du Tourmalet avec Cyrille et une très grosse chute

76 km – 1900 m de D+

Vendredi 13 mai, heureusement que je ne suis pas superstitieux^^

Je suis toujours dans ma semaine de vacances.

J’ai promis à Cyrille de l’accompagner et de lui faire l’équipier de luxe dans le col du Tourmalet pour qu’il le grimpe pour la première fois en moins de 2 h.

Si l’envie est là, je prévois de descendre ensuite de l’autre côté sur Luz Saint Sauveur pour faire une deuxième ascension.

Le réveil sonne à 6h30, dur dur. Je me lève. Brouillard et quelques gouttes sur Tarbes…pffff…

Mais en montagne il fait beau.

Je me prépare. Je prends un petit dej un peu léger. Je n’avais pas très envie de manger.

Je pars vers 7h35. J’envoie un message à Cyrille qui va venir en voiture à Bagnères où on va se retrouver.

J’enfourche le vélo et je me rends compte que je n’ai pas pris mes gants que j’ai oubliés sur ma table. Je n’oublie jamais mes gants, ça protège en cas de chute…

Mais là, j’ai préféré partir malgré tout sans remonter les chercher pour ne pas perdre de temps. Je me suis d’ailleurs dit « la probabilité que je tombe pile aujourd’hui quand je n’ai pas les gants est très faible ».

Je pars dans la fraicheur, en manches courtes, dans le brouillard.

Après une dizaine de kilomètres, je m’arrête pour régler ma selle que j’avais commencé à régler avec Martial les jours précédents pour essayer de trouver la cause de ma tendinite au genou droit.

Je repars et quelques kilomètres plus loin c’est une petite pluie fine qui se met à tomber. Décidément cette journée…

J’accélère le rythme, l’eau me coule dans les yeux, ça rafraichit beaucoup, mais en manches courtes ça reste supportable.

Les kilomètres défilent sous la pluie. Puis à l’entrée de Bagnères ça s’arrête de tomber et le brouillard est un peu plus lumineux. Ouf.

Je rejoins Cyrille à sa voiture. Je règle ma selle une nouvelle fois, puis nous nous élançons dans la vallée. Je commence à sécher petit à petit.

Nous discutons de plein de choses. C’est toujours des bons moments les sorties avec Cyrille. Je sens que je suis en jambes. Un peu avant Sainte Marie de Campan, nous nous arrêtons pour faire un tour à l’expo Eugène Christophe dans un gite dont le propriétaire nous a gentiment ouvert les portes.

Je veux grignoter et je me rends compte que j’ai oublié mes abricots secs chez moi et que je n’ai en fait que 2 barres céréales. Mince alors. J’ai oublié beaucoup de choses aujourd’hui…

J’en mange une. Puis nous repartons vers Sainte Marie de Campan.

Là c’est parti pour l’ascension. Allez ! Je fais l’équipier de luxe pour Cyrille, j’essaye de faire un rythme régulier. Nous pédalons et les kilomètres défilent petit à petit. Le plafond nuageux s’élève.

J’encourage Cyrille, je prends des photos. On se fait des estimations en temps réel, on se cale le rythme qui lui convient le mieux en fonction de ses jambes. Cyrille commence à avoir mal aux jambes, je l’encourage. On passe La Mongie, plus que 4 kilomètres. A la sortie, il y a des lamas. Je m’arrête plus de 6 ou 7 minutes pour discuter avec eux (enfin je crois^^). Puis je repars, Je rejoins Cyrille dans l’avant dernier kilomètre. Je l’encourage, on est dans le final.

Hello

Dans la dernière rampe, la tuile, Cyrille déraille et perd quelques secondes à remettre la chaine. Décidément cette journée !

Mais en franchissant le sommet, son objectif est atteint, 1h47 pour l’ascension, il l’a fait en moins de 2 h !

C’était une super ascension partagée entre potes, le vélo comme on aime !

Au sommet, on discute de longues minutes avec d’autres cyclistes au sommet. Ambiance sympa, avec peu de monde, et pas de voiture car le col est encore fermé aux voitures. Le chantier quant à lui, avance de plus belle.

Au sommet, je suis dans une immense hésitation. J’ai envie de descendre sur Luz Saint Sauveur pour remonter le col par l’autre versant. Mais le soucis c’est que j’ai oublié mes fruits secs, là je vais au devant d’une fringale assurée et d’une bonne dérouillée. Et il se trouve aussi qu’il est déjà midi passé et bon, je suis aussi en vacances et j’ai envie d’être tranquille chez moi ou en ville et de profiter.

C’est dommage de ne pas enchainer après avoir notamment fait une partie de la plaine sous la pluie, mais bon, décision est prise d’être raisonnable, je vais redescendre avec Cyrille et l’accompagner jusqu’à Bagnères puis rentrer sur Tarbes.

Et nous nous élançons dans la descente. Une belle descente où on se fait tous les deux plaisir. Cyrille prend quelques secondes d’avance, mais on déboule à bonne vitesse tous les deux. Cyrille m’attend à la fin de la partie pentue et nous continuons ensemble de concert jusqu’à Sainte Marie de Campan. Là il fait chaud, nous nous arrêtons pour enlever nos k-way.

Puis c’est reparti, tambours battants direction Campan. On pédale, on se relaye, on déboule à bonne vitesse. Dans la ligne droite qui précède Campan, je prends le relais, on dépasse un cycliste, nous sommes à 47 km/h, on se fait plaisir.

Cyrille prend le relais, il prend un peu d’écart, je lui lance que j’ai perdu la roue. Il se met en danseuse en levant légèrement le pied, j’accélère pour reprendre la roue, les roues dévient, l’un vers la droite, l’autre vers la gauche, l’un ralenti, l’autre accélère, ça touche et…c’est la chute… le vélo cabre sur l’avant et je me fracasse littéralement par terre à pleine vitesse sur le bitume.

Le choc est violent. Ça glisse sur le goudron. Je m’immobilise et me relève presque instantanément. Mon regard se porte sur le vélo et d’un coup une forte douleur à la mâchoire. Ce sont d’ailleurs mes premiers mots « j’ai mal à la mâchoire ». Je demande à Cyrille, qui n’est pas tombé, si j’ai quelque chose sur le visage, il me dit que non. Le cycliste qu’on avait dépassé s’est arrêté aussi, il a mis mon vélo sur le côté. Je regarde mon coude droit…ignoble… Je sais déjà que je vais devoir aller voir un médecin ou les urgences. J’ai une énorme douleur à la hanche, je regarde, je suis à vif…

Je dis à Cyrille qu’il faut qu’on aille à Bagnères aux urgences. Mais il me raisonne en me disant que je ne peux pas pédaler dans cet état et de toute façon mon vélo n’est pas spécialement en état de repartir.

Cyrille est garé à Bagnères à 6 km de là. On se dit qu’il fonce à vélo chercher sa voiture, pendant que moi je vais me trainer dans le village (nous étions à 100 m de l’entrée de Campan) et je vais l’attendre.

Je trouve un banc dans le village. Je marche quelques pas pour reprendre mes esprits, j’ai les coudes en feu, la hanche en feu. Je regarde mon coude droit, c’est pas beau à voir et ce que je ne sais pas encore c’est que l’autre côté du coude que je ne vois pas est encore plus moche à voir puisqu’on y voit l’os.

2 personnes sortent d’un bar et montent dans leur camion et me voient. Ils s’inquiètent, je leur dis que je ne suis pas tout seul et que Cyrille est en train d’arriver. Je pense à leur demander 2 masques pour que nous puissions aller dans l’hôpital.

Les minutes passent, j’ai envie de boire, mais mon bidon tout neuf n’est pas encore assez souple et est difficile à tirer du porte bidon, là je n’arrive même plus à le prendre. Mince tant pis, je vais attendre Cyrille. Puis tout d’un coup, je sens des fourmillements dans mes 2 bras jusqu’à ne plus sentir mes doigts et à avoir mes doigts et mains tétanisés.

Les fourmillements me prennent toute la tête, surtout ne pas tomber dans les pommes. Cyrille est arrivé. Il charge mon vélo dans sa voiture, me donne mon bidon. Je lui dit que je ne sens plus rien. On embarque direction Bagnères. A ce moment là, j’ai une dent qui claque, j’ai l’impression d’avoir une dent cassée. Mais en réalité c’est une dent qui s’était déplacée et qui vient de se remettre en place mais du coup j’ai très mal à la racine de la dent qui s’est déplacée.

J’avance quand même, que quitte à chuter, autant que ça se fasse là en revenant du Tourmalet et à l’entrée de mon village d’enfance où j’ai grandi, à Campan, là où j’ai appris à faire du vélo et je vais me retrouver aux urgences juste en face de l’ancienne clinique où je suis né à Bagnères. D’ailleurs je ne manquerai pas d’humour avec les infirmières^^

Nous arrivons aux urgences, j’ai les mains que je ne contrôle plus, les doigts figés. Les bras tétanisés. Pendant plusieurs minutes j’ai l’impression d’avoir un ou deux coudes cassés… Je suis pris en charge de suite.

Au total j’y passe plus de 2 h.

Les infirmières font l’état des lieux de mon état et commence à nettoyer les plaies avant que le médecin arrive :

Le coude droit est le plus amoché, on y voit l’os d’un côté (que je ne peux pas voir heureusement), j’ai un trou dans le muscle de l’autre et sur l’articulation ils m’ont posé des points de suture (pas sur les 2 autres trous car trop profonds).

La hanche droite est à vif sur une large zone, exactement comme lors de ma première grosse chute le 15 août 2013 dans le col du Glandon.

Le genou gauche est amoché, un trou pas trop profond exactement dans la zone où il avait été le plus touché en 2013 et en 2018 lors de ma deuxième grosse chute.

Le coude gauche est épluché.

Une dent qui me fait mal.

J’ai des brûlures sur le torse et le dos.

Un miracle, je n’ai rien de cassé après avoir fait les radios, j’ai eu énormément de chance, j’ai un bon ange gardien qui veille sur moi.

Deuxième miracle, moi qui n’avais pas mes gants, mes mains ont été épargnées, je tenais mes guidons dans le bas du cintre et l’embardée du vélo a fait que ce sont les cocottes qui ont tapé le goudron en premier, n’ayant pas lâché mon vélo avant que je m’immobilise, mes mains et mes doigts sont restés protégés à quelques millimètres du sol. Je n’ose imaginer si je m’étais retrouvé avec les doigts et les mains à vif….

Par ailleurs la tête n’a pas touché le sol, ma dent s’est déplacé car mes mâchoires ont claqué entre elles dans la violence du choc (le dentiste sera impressionné car il s’agit d’une prémolaire, une dent à 3 racines, donc il faut une énorme force pour arriver à déplacer une telle dent).

Cyrille m’a ensuite ramené chez mes parents qui m’ont ramené chez moi.

Je suis sur le carreau pour plusieurs semaines, la douleur au coude droit est très forte et permanente et les nuits difficiles. Les autres douleurs à la hanche, au genou gauche, coude gauche, brûlures et courbatures semblent secondaires. Le premier changement de pansement du coude droit par l’infirmière fut abominable, ça avait collé et il a fallu tout arracher…

Une partie des dégâts du coude, de l’autre côté sur l’extérieur il y a un gros trou avec l’os qui est visible

Pendant plus de 3 semaines je n’ai rien pu faire avec le bras droit, même pas tenir un stylo ou une fourchette, j’ai pu constater que je ne suis pas ambidextre^^

A ce jour, 1 mois après la chute, j’ai encore 2 trous dans le coude qui ne sont pas cicatrisés, j’ai toujours une infirmière qui doit passer me changer le pansement et je me retrouve aussi avec une tendinite à l’épaule droite sans pouvoir lever le bras au dessus de la hauteur des épaules, des séances de kiné sont en vue quand le coude sera refermé…

Je ne peux toujours pas conduire ni faire du vélo, ni jouer du piano encore. Décortiquer des pistaches reste douloureux, de même qu’écraser un moustique de la main droite. Pour dormir, toujours obligé de rester sur le dos sans que le coude ne soit directement sur le matelas.

Mais pour le reste, le coude gauche, genou gauche, hanche droite, les plaies ont pu se refermer au jour d’aujourd’hui et ma dent ne me fait plus mal, c’est déjà ça.

Plus de 2 semaines plus tard
Les points de suture

Je complète ma liste des urgences visitées (Rodez, Pau, Auch, Tarbes, Albertville et donc Bagnères).

Voilà une sortie qui laissera des souvenirs impérissables^^ Et j’ai hâte de remonter sur mon vélo (une fois qu’il sera révisé et réparé), de grimper de nouveau le Tourmalet et de faire la descente 😀

(10 commentaires)

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    • Vincent on 24 juin 2022 at 21 h 38 min
    • Répondre

    Salut Idris – je te souhaite bon courage, les chutes c’est vraiment la plaie (sans mauvais jeu de mot) du vélo. Concernant les urgences, je te déconseiller de chuter près de Nice :). En espérant que tu vas remonter rapidement sur le vélo. Vincent

    1. Salut Vincent 🙂

      Merci pour ton message !! J’espère ne pas en avoir d’autres des gamelles^^
      Pour l’instant je n’ai toujours pas repris le vélo, mon coude s’est infecté et je viens de passer 2 semaines assez difficiles, maintenant j’ai récupéré et je tiens sur mes jambes mais j’ai toujours 2 trous dans le coude, j’espère que la cicatrisation va reprendre normalement…

    • Jean-Louis on 27 juin 2022 at 10 h 28 min
    • Répondre

    Bon rétablissement Idris, on a hâte de retrouver tes chroniques sur le site! Jean-Louis

    1. Merci beaucoup pour ton message Jean-Louis !! 🙂
      Je croise les doigts pour que je puisse remonter sur le vélo en juillet ! Mais pour l’instant ce n’est pas gagné au niveau du coude droit…

  1. Argh les photos des plaies !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Courage mon Idris !

    1. Merci à toi Joris !! 🙂
      Depuis hier soir ça y est, les plaies du coude viennent de se refermer, ouf !! 8 semaines. J’ai une cicatrice assez impressionnante…
      Maintenant c’est les soucis à l’épaule qu’il faut continuer à résorber !

    • David on 22 juillet 2022 at 22 h 21 min
    • Répondre

    Bonsoir idris… juste un petit mot d encouragement.. dans quelques temps, ce ne sera plus qu un mauvais souvenir… je vais suivre le parcours que tu m as indiqué pour monter l aubisque début août avec une grande pensée pour toi… courage et patience. David

    1. Bonjour David 🙂
      Merci à toi pour ton message !! 🙂 ça me fait super plaisir !! J’espère reprendre bientôt…
      Je te souhaite de beaux kilomètres et de belles ascensions !! Profite bien 🙂 Hâte d’avoir ton retour sur ton ascension !! 🙂

    • Zelig on 3 août 2022 at 18 h 46 min
    • Répondre

    Bonjour,
    Je découvre avec un grand plaisir ton site (et le cyclisme aussi, à 50 ans c’est pas trop tôt);
    Tes histoires de cycliste sont très agréable à lire et la description des cols est pour moi très intéressante. Je crois que je vais passer beaucoup de temps ici !

    Et surprise en regardant les photos de ta chute, je crois reconnaitre la même monture que la mienne cad un « vieux » décathlon sport 3 ? est-ce ta monture de tous les jours ou l’utilises tu uniquement pour les cascades 😉 ? même si j’aime bien ce vélo je voulais en changer pour en prendre un plus moderne mais du coup je pose des questions !!!!

    J’espère que tu es rétabli et que tu peux à nouveau rouler !
    Merci pour ton site

    1. Bonjour !! 🙂

      Merci beaucoup pour ton message, ça fait plaisir !! 🙂
      Bravo pour t’être mis au vélo !!

      Tu as bien vu, c’est effectivement un Sport 3 de Décathlon que j’ai acheté en 2010. C’est mon vélo pour toutes mes sorties en montagne. Je l’adore !! Il commence à sentir le poids des ans, mais je l’aime trop pour le changer, d’ailleurs là je l’ai fait réparer et ça m’a coûté plus cher que le prix auquel je l’ai acheté neuf^^ Mais j’ai vraiment une affection particulière pour ce vélo, même si beaucoup me conseillent de le changer car il est plus lourd que la moyenne des vélos de route.
      Du coup c’est vrai que je ne vais pas pouvoir beaucoup t’aider pour le choix de vélo. Une chose est sûre, je ne serai pas prêt à mettre un gros prix dans un vélo neuf. Il faut prendre en compte aussi la facilité à trouver des pièces de rechange si on veut le faire durer. Tu as peut être le même problème que le mien, mais là j’ai eu du mal à avoir les pièces de rechange et les manettes de freins, j’ai pu les récupérer malgré qu’elles soient un peu abimées, heureusement car Campagnolo n’en fait plus des manettes 10 vitesses…

      Pour l’instant je n’ai toujours pas pu reprendre le vélo, ni le travail suite à la chute, l’été est en train de passer… J’espère que ce sera bon dans quelques semaines ! Je croise les doigts ! 🙂

      Bonne journée !

      Idris

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